Un roi sans sujets?

De deux choses l’une : ou la foi est une fabulation, un mythe et tout un tas de personnes ont été bernées par ses pseudo-témoins pendant des millénaires ou Dieu existe vraiment et bien des personnes aujourd’hui risquent d’avoir une grosse surprise à la fin de leur vie. L’évangile de ce dimanche nous place exactement au cœur de cette profonde incompréhension entre deux visions du monde qui sont de fait incompatibles. D’un côté Pilate, incarnant un empire au sommet de son emprise avec sa conception bien pragmatique du monde. Pour les Romains, il ne faut pas trop se laisser distraire par ces superstitions irrationnelles autour d’un dieu unique et il convient plutôt d’améliorer son propre sort en travaillant fort, en guerroyant et en dominant par tous les moyens possibles ceux qui nous résistent. De l’autre, Jésus, un agitateur qui prétend être venu naïvement pour rendre témoignage à la vérité, une vérité qui échappe manifestement à une bonne part de ses contemporains. Deux rois avec des pouvoirs bien différents si l’on peut dire.


Voilà une scène qui nous semble bien loin des enjeux actuels de notre monde. Voyons cela de plus près. De quels rois ou de quels pouvoirs sommes-nous aujourd’hui les sujets? En prenant le temps de regarder cette scène, on y décèlera les mêmes choix que nous avons devant nous en ce XXIe siècle. Le Christ n’est guère plus populaire qu’il ne l’était. Il est toujours aussi vulnérable et sans défense. Et il continue de prétendre nous dire la vérité, une vérité que beaucoup de gens n’ont pas tant le goût d’entendre. Le monde a bien d’autres chats à fouetter que de se soucier de la vérité qu’Il est venu nous transmettre. Des vérités, on en a tout plein, et ne finissent-elles pas toutes par se contredire? Alors une de plus ou de moins… Et puis des rois, on n’en a plus rien à faire. Plus question de se soumettre désormais à qui que ce soit après toutes ces années de noirceur et d’abus de pouvoir. On ne va quand même pas retourner au Moyen- Âge.


Mais peut-être qu’en voulant nous émanciper d’une domination, nous en avons simplement choisi une autre : celle de l’argent, de la performance, du chacun pour soi. Un seul royaume subsistera au temps. Un seul roi aura le dernier mot sur toutes les dominations et son règne n’aura pas de fin : Jésus-Christ, libérateur et vainqueur de tout mal. Mais voulons-nous vraiment être ses sujets? Jn 18, 33b-37