Sauve qui peut ou qui peut se sauver...

Celui qui veut sauver sa vie la perdra ; mais celui qui perdra sa vie à cause de moi et de l’Évangile la sauvera. Le Christ a émis au cours de sa courte vie quelques phrases qui bouleversent bien des idées toutes faites dont celle « qu’il faut bien gagner sa vie » et « que charité bien ordonnée doit commencer par soi-même»… Jésus nous propose plutôt le chemin inverse : donner sa vie, perdre sa vie. Jésus était-il masochiste ou sadique pour nous conduire sur cette voie? Ou ne saurait-il pas, au contraire, quelque chose que notre monde ignore ou aurait oublié?


Dans les faits, les petits et grands bonheurs dont nous jouissons sont le fruit de personnes qui ont bel et bien « donné leur vie ». Songeons seulement aux soins que des parents accordent à un nouveau-né. Je songe aussi au plaisir que nous avons d'aller manger chez des amis qui ont passé un temps fou à monter une belle table et à mijoter nos plats préférés. L’amour est ce qui nous donne la vie. Et le véritable amour est concret. Ce sont des gestes d’attention, des soins prodigués. C’est le plus souvent du temps consacré aux besoins des autres plutôt qu’aux siens propres et pas seulement de belles paroles.


On aimerait bien nous faire croire que plus nous nous replions sur nous-mêmes, plus on sera heureux; plus on s’accaparera de richesses, plus on sera satisfait; plus on aura de pouvoir ou d'influence, plus on s’épanouira. Mais quand nous nous arrêtons un seul instant, on voit bien que tout cet égoïsme nous tue à petit feu et nous isole finalement les uns des autres, nous laissant un goût amer dans l’âme et trop souvent le sentiment qu’il nous en faudra toujours plus pour être heureux.


J’aime entendre que tous les gestes d’amour qui ont été prodigués depuis la nuit des temps trouveront leur récompense non seulement ici-bas mais aussi au-delà de la mort, en Dieu, lui qui est au cœur de tout don véritable et qui s’identifie à ceux et à celles qui ont le plus besoin. Mc 8, 27-35