Laisser tomber nos pierres

Le mal est mal, comme disait le philosophe. Le mal est mal parce qu’il nous prive du bien. C’est le cas de la maladie qui nous prive de la santé. C’est vrai aussi pour les maux de nature morale que nous subissons et qui nous privent de notre dignité ou de nos biens. Mais voilà que nous sommes plus prompts à ressentir le mal qui nous afflige que celui que l’on commet. Nous avons développé toute sorte de mécanismes pour justifier nos actes mauvais et nous allons même parfois jusqu’à prendre le mal que nous faisons pour un bien. Notre monde actuel vogue sur de telles eaux gonflées par les médias sociaux et par les potins dont les journaux et la télé sont remplis. Le moindre faux pas est pointé du doigt. Les carrières publiques sont réduites en miettes en moins d’une journée. Plus personne ne veut prendre une charge publique de peur qu’on ne fouille son adolescence pour y trouver une photo compromettante ou une citation douteuse. Comme si le mode se divisait en deux : les bons d’un côté et les méchants de l’autre.


Le christianisme n’échappe pas à ce risque de diviser le monde en deux. Comme si le seul fait de connaître Dieu et d’y croire nous rendait meilleur. Comme si nous étions nés sans péchés et le demeurions du seul fait d’avoir été baptisés. Le récit de la femme adultère, rapporté dans l’Évangile de ce 5e dimanche du Carême, nous présente une tout autre vision du mal : celle du Christ lui-même. Oui le mal existe, mais il ne loge pas exclusivement chez les uns et serait absent chez les autres. Le mal sommeille en chacun de nous et, sans la grâce de Dieu, nous tombons plus souvent qu’on aimerait bien le croire. Sans le pardon, le mal aura toujours le dernier mot. La justice aura toujours une odeur de vengeance.


Mais pour ouvrir les yeux sur ses propres faiblesses et ne pas se scandaliser de soi-même, il faut se savoir aimé gratuitement et jamais réduit à la faute que nous avons commise. Dans ce récit, le regard du Christ suffit à guérir cette femme, mais il a aussi commencé à guérir tous ceux qui sont venus pour la condamner. S’ils ont quitté les lieux en laissant tomber leur pierre, c’est peut-être qu’ils ont pu reconnaître que les péchés qu’ils portaient eux-mêmes étaient pardonnés eux aussi par Dieu dans une justice qui condamne le péché mais jamais le pécheur. Que ce regard de Jésus nous atteigne et nous libère de tous nos jugements dans cette monté vers Pâques! Jn 8, 1-11