Des mots difficiles à entendre

Il y a quelques bonnes années, j’ai fait partie de l’équipe de volley-ball de mon école. Je me souviens que, les premières années, nous perdions la plupart de nos matchs. Nous étions peu nombreux à aimer ce sport, plus difficile techniquement que le handball et le basket, et l’entraîneur n’osait pas être trop exigeant avec nous de peur que nous désertions l’équipe pour changer de sport. Nous répétions les mêmes erreurs, partie après partie, sans vraiment nous améliorer. Puis la troisième année est débarqué un type qui venait de la grande ville et qui avait joué au niveau universitaire pour prendre l’équipe en mains. Dès les premiers entraînements, je me souviens qu’au moins deux gars avaient quitté l’équipe parce qu’ils le trouvaient trop dur. Ce nouvel entraîneur avait dû recruter deux autres gars qui n’avaient aucune expérience et tout commencer à zéro. Il s’était acharné pendant plusieurs semaines à nous faire pratiquer les gestes de base jusqu’à ce que tous les gars de l’équipe aient un bon contrôle du ballon. Il nous a conduits au titre régional en deux ans.


Il n’est pas si facile de dire la vérité. Il est tout aussi difficile de l’entendre. Et pourtant, seule la vérité nous rend libres. La flatterie est si couramment répandue et les vrais amis si rares. Il faut aimer beaucoup pour dire la vérité et trouver le bon moment et les bons mots pour la dire sans blesser, sans détruire. Pour y arriver, il faut risquer de perdre une affection superficielle à laquelle nous nous accrochons trop souvent. On choisit malheureusement parfois de se taire, d’éviter un sujet délicat et nous nous contentons de conversations légères pour ne pas dire le fond de notre pensée. On ne réalise pas les conséquences désastreuses de ces relations fades et tièdes sur les rapports humains. Nous savons très bien ce que les autres veulent entendre et il est toujours plus facile de nous laisser entraîner par le courant.

Nous sommes si dépendants de l’acceptation des autres. À une époque où le courant dominant était tout imprégné des valeurs chrétiennes, on se scandalisait collectivement du moindre écart moral et il arrivait trop souvent que nous enfermions les personnes plus marginales dans des petites cases de mépris et de rejets sans une once de miséricorde. Aujourd’hui, nous sommes dans un tout autre paradigme. La foi est reléguée aux mythes et chacun prend ses distances face à l’Église que l’on réduit dans les médias aux gestes les plus répréhensibles de quelques-uns de ses membres. Demeurer accroché à Jésus-Christ, croire que l’Esprit-Saint continue son œuvre dans l’Église qu’il nous a laissée pour nous sauver est devenu quasi héroïque ou tout au moins plutôt marginal. Et Jésus nous pose aujourd'hui la même question qu’il a posé à ses disciples : « Voulez-vous partir vous aussi? » Josué pourrait lui aussi nous poser cette question qu’il adressait au peuple à Sichem : « Quel Dieu voulez-vous servir? »

Jn 6, 60-69