Compter nos morts

Voilà déjà plusieurs mois que nous comptons nos morts. Et ce nombre a beau diminuer de semaine en semaine, ici chez nous, la guerre qui sévit en Europe nous maintient dans ce climat de précarité face à la mort. La mort n’épargne personne, ni les bons ni les méchants, ni les croyants, ni les athées. Pourtant chaque fois qu’elle survient autour de nous, nous sommes saisis d’étonnement, comme si la vie de ceux et de celles que nous aimons ne pouvait pas prendre fin. C’est peut-être qu’au fond de nous, il y a une semence d’éternité, un désir de vivre qui rend la mort inacceptable.


Pas étonnant qu’on fasse tout pour s’en distraire et qu’on choisisse de vivre la plupart du temps comme si nous n’allions jamais mourir. Saint-François-d’Assise parlait de « sa sœur la mort » et avait pourtant la réputation d’être plutôt joyeux. Savait-il quelque chose que notre monde ignore? Le christianisme a beaucoup de choses à dire sur ce mystère dont la plus importante est certainement qu’elle n’est qu’un passage, un peu comme la naissance peut l’être d’une certaine manière. Vivre comme si elle n’existait pas pourrait vouloir dire vivre dans le déni de notre finitude et de nos limites. Bizarrement c’est un peu la même chose que penser que tout se termine avec cet instant et que les choix que nous faisons de notre vivant n’auraient aucune conséquence sur ce qui adviendra de nous après notre dernier souffle.


Pour les chrétiens, le ciel existe bel et bien. Il est ce lieu rempli de Dieu, rempli d’amour, où il n’y a pas de place pour l’injustice, ni pour la haine sous toutes ses formes. Désirer être avec Dieu pour toujours c’est laisser Dieu nous transformer déjà ici-bas, dans ce temps qu’il nous donne pour le choisir. Dans sa miséricorde, il a pourvu pour nous des signes de son amour dans les sacrements qu’il nous a laissés par son fils Jésus-Christ. Le Carême est un temps de conversion, c’est-à-dire un temps privilégié pour nourrir ce désir d’être avec Dieu et ceux que nous aimons pour l’éternité. Rien ne peut nous séparer de l’amour de Dieu, surtout pas la mort, nous dit Saint Paul. C’est l’espérance qui donne tout son sens à notre vie. Lc 13, 1-9