Aimer pour que notre joie soit parfaite

On rapporte qu’un homme âgé fut arrêté au Japon à voler dans une bijouterie. Un homme sans histoire, qui a pourtant de bonnes rentes, une voiture de luxe et un appartement dans un quartier cossu de Tokyo. Un homme irréprochable, sans casier judiciaire. Personne ne comprend son geste. En cour, le juge lui a demande pourquoi, malgré sa fortune immense, il s’était approprié ce bijou sans le payer. L’homme répondit simplement : pour aller en prison et rencontrer des personnes de qui je pourrai me faire des amis.


La pire des pauvretés n’est-elle pas la solitude? Le rejet, l’indifférence et l’abandon de l’autre sont en effet les causes profondes des plus grandes tristesses. La plus grande des richesses n’est-elle pas de pouvoir compter sur un ami dans nos moments les plus durs? Notre cœur est fait pour aimer et pour être aimé. La joie véritable vient de cet amour, celui que l’on reçoit, mais aussi celui que l’on donne. L’évangile de ce sixième dimanche de Pâques (Jn 15, 9-17) nous le rappelle. Nous nous demandons parfois qui nous aime vraiment. Jésus lui-même a posé la question à Pierre directement après son triple reniement : « M’aimes-tu? ». Si l’un de nos proches ose nous poser une telle question, ne sommes-nous pas bouleversés de formuler une réponse sincère? « Pas assez, sans doute, puisque tu me poses la question… »


Aimez-vous les uns les autres. Prenez soin les uns des autres, des plus petits en particulier, des plus faibles, des plus démunis. Le commandement que le Seigneur nous a laissé est-il donc si compliqué à observer?


Il semble bien que oui. Peut-être parce que notre coeur est beaucoup plus blessé qu’on ne le pense. Peut-être aussi parce que l’amour véritable, désintéressé et gratuit vient de Dieu et que nous ne réalisons pas toujours pleinement à quel point ce Dieu-Père nous a aimés le premier, tous et toutes, tels que nous sommes. Se savoir aimés quand nous ne le méritons pas nous aide à substituer la miséricorde et l’amour à nos jugements et à nos désirs de vengeance. Parce que l’amour est patient, il supporte tout et excuse tout, l’amour n’est pas envieux, n’est pas contrôlant, ne se gonfle pas, ne fait rien d’inconvenant, ne cherche pas son propre intérêt, nous dit Saint Paul, dans sa première lettre aux Corinthiens. Et cet amour-là, nous devons d’abord l’accueillir de Dieu en premier, pour nous-mêmes, pour être capables ensuite de le donner aux autres.