Face de Carême!

On va sortir bientôt de deux années au cours desquelles on a perdu de vue nos visages. On a réalisé que le visage c’est l’identité première d’une personne. C’est l’interface entre ce qu’une personne est intérieurement, ses sentiments, ses pensées, ses états d’âme et nous. Derrière nos masques, si utiles furent-ils pour ralentir la transmission du virus de la Covid, nous sommes devenus un peu tous pareils, plus ou moins anonymes, sans expression, indéchiffrables. On fera sûrement des études approfondies dans les prochaines années pour mesurer l’impact de cette condition sanitaire sur les rapports humains. Quand j’étais plus jeune et qu’il n’y avait pas d’internet, nous écoutions la radio à la maison. Je me souviendrai toujours à quel point je suis resté stupéfait de rencontrer un jour un animateur de radio que j’imaginais beau, grand et costaud et qui était tout le contraire en personne. Son visage l’a révélé tout autrement que je ne l’imaginais.


Le christianisme est une religion incarnée. Notre Dieu a pris chair, a révélé son visage en Jésus-Christ que certains ont eu l'immense privilège de contempler de leurs propres yeux. Et cela n’est pas rien. Dieu est une personne. Pas une abstraction. Pas une belle pensée. Il s’est manifesté en Jésus très concrètement. Pour bien du monde, ce fait est même un scandale. Jésus pouvait bien être un messager de Dieu, un prophète exceptionnel, mais pas Dieu lui-même. Dieu ne s’abaisserait pas à prendre une forme humaine et encore moins à souffrir et à mourir comme un vulgaire mortel. Et pourtant, Dieu fait homme, c’est un élément essentiel du Credo que l’on récite chaque dimanche.


La Transfiguration, que nous célébrons le deuxième dimanche du Carême, nous présente Jésus au visage resplendissant, préfiguration de sa résurrection. Il est avec Moïse, Élie et trois apôtres. Il se présente comme celui que la Loi et les prophètes ont annoncé et comme celui dont l’Église va témoigner jusqu’à la fin des temps. Ah! si nous pouvions reconnaître le reflet de ce visage chez les chrétiens et chrétiennes de notre temps! Mais peut-être que ce visage nous scandaliserait encore aujourd’hui. Peut-être détournerions-nous le regard pour ne pas le reconnaître dans les plus pauvres, les plus méprisés. Dieu, montre-nous ton visage et nous serons sauvés. Lc 9, 28b-36