« Il en distribua aux convives, autant qu’ils en voulaient » (Jn 6, 1-15)

À l’hiver de mes dix ans, Maman est tombée malade. Une fièvre sans nom de cinq jours. Enfermée dans sa chambre, incapable de bouger. C’était en 1970. Papa savait à peine se faire des toasts… On a ouvert des conserves à chaque repas. Le plafond de la maison avait descendu de deux bons pieds tellement la réclusion de Maman se faisait sentir. Mais c’est surtout aux heures de repas que je me souviens que nous étions complètement désemparés. Puis, un samedi matin, Maman s’est levée, en robe de chambre. On aurait dit Lazare sortant de son tombeau. Elle avait vieilli de dix ans au moins. Et la première chose qu’elle a faite, ce fut d’ouvrir l’armoire, de sortir son gros chaudron de fonte, de couper de l’oignon, des carottes et du céleri et de nous faire de la soupe. Elle en a fait trop comme d’habitude. Elle