Deux poids, deux mesures
L’intransigeance me semble assez bien répandue dans notre société. On n’attend plus les verdicts de la justice pour condamner les personnes. Une allégation de faute suffit. La présomption d’innocence n’est plus qu’un vieux concept qui ne fait pas le poids devant les condamnations spontanées qui sont véhiculées dans les médias. Nous sommes à l’ère des « cancels ». On passe de héros à zéro au moindre faux pas. On croit de moins en moins à la réhabilitation. Le pardon est perçu comme une faiblesse. La vengeance est élevée au statut de vertu.
Il y a des effets pervers à ce glissement de mœurs et à la mise au rancart de certains principes de justice véritable. Vivre dans un monde où la moindre faiblesse, la moindre erreur est inadmissible nous condamne tous et toutes à l’hypocrisie. On a déjà joué dans ce film, il me semble. N’a-t-on pas eu, pendant des années, une image de Dieu dont la principale occupation aurait été de nous surveiller pour mieux nous punir? Ce n’est heureusement pas ce Dieu dont nous parle l’évangile de ce dimanche.
Dans la nuit de Pâques, le chant qui ouvre la célébration eucharistique porte une phrase qui étonne : « Heureuse faute qui nous valut pareil rédempteur! » Dans l’Antiquité, les grecs avaient une maxime à laquelle ils prêtaient beaucoup d’importance : « Connais-toi toi-même. » Bien se connaître comme être humain, c’est reconnaître ses propres faiblesses mais ne jamais penser que nous ne sommes que cela. Voilà ce qui nous aide à nous pardonner nous-mêmes et surtout à être moins intransigeant face aux autres. Mt 18, 21-35





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