Quand le vin vient à manquer

Le vin manque sur les tablettes de la Société des alcools du Québec ces temps-ci. Mais qui en souffre vraiment? Les experts en vin ont fait depuis longtemps leurs réserves. Ils ont des caves bien garnies pour conserver leurs meilleures bouteilles et ne les ouvrir qu’au moment propice. Le monde ordinaire peut même s’accommoder des stocks disponibles et peut-être même de quelques bouteilles du dépanneur du coin. D’autres, enfin, en profiteront peut-être pour anticiper leur défi 28 jours sans alcool ou pour prendre la résolution en 2022 de s’abstenir de vin. On n’en est plus à un accommodement près après presque deux années de pandémie mondiale!


Pourtant le vin n’est pas un breuvage tout à fait comme les autres. Le Christ lui-même y a accordé une attention particulière en le transformant en son propre sang, le sang d’une alliance nouvelle et éternelle, au cours du dernier repas pris avec ses disciples. Et, au tout début de sa vie publique, le premier signe qu'il accomplit est le miracle de Cana : la transformation d’une immense quantité d'eau en vin. Le vin est associé à la fête et à la joie. Dans la célébration de la Pâque juive, au cours d’une longue nuit liturgique, on élève à plusieurs reprises une coupe de bénédiction en relatant les victoires que Dieu a opérées dans l’histoire du peuple élu. C’est une de ces coupes que Jésus désigne à la Cène comme étant son sang versé pour la multitude en rémission des péchés, annonçant par le fait même sa propre résurrection et la nôtre.


L’Église, pour des raisons pratiques, a rompu avec la tradition liturgique primitive en limitant le geste de la communion à la seule consommation du pain pour les fidèles. Il est facile d’oublier aujourd’hui que le mystère de l’eucharistie est présent à la fois dans le vin et dans le pain, seul le prêtre communiant aux deux espèces. Au psaume 50, on lit : « Rends-moi la joie d’être sauvé! » C’est cette joie festive qu’il nous faut retrouver, une joie imprégnée des noces du Christ avec son Église-épouse pour laquelle il a versé son sang. Jn 2, 1-12