Pâques, plus d'un passage

On a bien compris que le mot Pâques s’écrit au pluriel et tire son origine de « passage ». On pense peut-être spontanément au passage de la Mer rouge par lequel le peuple Hébreux a été libéré des Égyptiens. Mais il y a plusieurs autres passages que cette grande fête chrétienne peut évoquer. Chaque lecture proposée pour la Veillée pascale annonce ce mouvement. Le récit de la création à lui seul en suggère plus d’un : celui des ténèbres à la lumière; celui de la simple matière inerte à la vie insufflée dans le monde végétal, puis animal et avec la création de l’homme et de la femme, celui de la solitude à la compagnie. Avec Abraham, c’est le passage à la foi. Et peu avant la sortie d’Égypte qui a fait passer le peuple Hébreux de l’esclavage à la liberté, il avait vu l’ange de la mort passer outre devant le linteau de leurs portes marquées du sang de l’agneau sacrifié. Encore aujourd’hui les Juifs attendent dans cette nuit sainte le passage du Messie. Et pour nous, chrétiens et chrétiennes, c’est le passage de la mort à la vie de Jésus lui-même que nous célébrons.


Mais Pâques ne se réduit étonnamment pas à cet événement, si extraordinaire puisse-t-il être, de la résurrection de Jésus. Cette fête se poursuit encore aujourd’hui dans le peuple auquel le Christ continue de se manifester. Le Christ n’est pas mort et ressuscité pour lui-même, mais pour que nous passions, nous tous et toutes, de la mort à la vie et pas seulement à notre dernier souffle, mais dès aujourd’hui. On entend parfois que la mort est un passage. Mais toute la vie l’est aussi! De la conception à la naissance; de l’enfance à l’âge adulte; de la maturité à la vieillesse nous passons d’un état à l’autre. Pour nous, tous ces passages ont un sens, une direction, un but : la vie éternelle avec un Dieu qui nous aime comme personne ne nous aimera jamais.


C’est cette espérance qui transforme notre regard sur tous les événements que nous vivons. Les contrariétés, les douleurs et les souffrances sont bien réelles, mais unies à celle du Christ, elles deviennent salvatrices. Les petites et grandes joies ne sont pas que de belles sensations éphémères, elles sont un avant-goût et des signes de cette joie sans fin qui nous attend. Que ce temps pascal nous plonge donc dans cette espérance et nous aide à vivre déjà en ressuscités! Lc 24, 1-12