Le privilège d'entendre et de parler

Il y a quelques bonnes années, nous avons eu notre premier enfant, Thomas, qui a mis très peu de temps à apprendre plusieurs mots et à parler. Il avait tant de choses à raconter et tous nos amis qui passaient à la maison s’émerveillaient de la richesse de son vocabulaire. Puis, nous avons eu un deuxième fils, Antoine, duquel nous nous attendions à la même volubilité. Mais il en fut tout autrement. On a compris assez vite que notre deuxième enfant n’éprouvait absolument pas le même besoin de s’exprimer. En fait, il émettait des sons à peu près toujours incompréhensibles que son aîné nous traduisait heureusement avec des mots. Nous sommes des êtres de relation et de communication. Les derniers mois nous l’ont douloureusement rappelé.


Il y a bien des raisons qui peuvent empêcher quelqu’un de s’exprimer. Bien sûr, la première qui nous vient à l’esprit est le fait d’être muet. Mais plusieurs personnes n’osent pas parler même si elles disposent des organes de la voix pour le faire. Elles ont été traumatisées par des épreuves si douloureuses ou elles se sont fait rabrouer chaque fois qu’elles ouvraient la bouche. Ou, elles sont simplement privées du droit de parler. On peut se demander ce qui en est aujourd’hui du droit réel d’exprimer publiquement sa foi, par exemple. Il me semble que c’est de plus en plus difficile.


Il y a certaines vérités que le monde n’est jamais vraiment disposé à entendre. Les Paroles du Christ n’ont plus la cote qu’elles ont déjà eue. Et quand l’Église donne son avis sur une situation ou sur une autre, elle ne fait plus vraiment le poids. Il y a aujourd’hui sans doute beaucoup plus de sourds et de muets à guérir qu’on voudrait bien le croire.


Le Christ lui-même nous interpelle pour libérer la voix des pauvres et ouvrir les oreilles d’un monde qui n’entend plus le cri des plus faibles. « Effata », ouvre nos bouches, Seigneur, pour t’annoncer. Ouvre nos oreilles, Seigneur, pour entendre le cri de nos sœurs et de nos frères. Mc 7, 31-37