Coeur de père

Je connais plusieurs pères qui sont fiers de leurs enfants. En fait, ils en parlent tout le temps. « Ah! Si t’avais vu l’arrêt de mon gars samedi! J’pense qu’il y a des équipes de pros qui commencent à s’y intéresser! » « Ma fille? Rendue au doctorat, imagine-toi donc! Moi, j’ai eu d’la misère à finir mon secondaire… » Mon père était comme ça. Dès que mes oncles et mes tantes mettaient les pieds dans la maison, il sortait mes bulletins ou des découpures de journaux qui faisaient état de nos exploits. Pourtant, je ne me souviens pas qu’il m’ait dit à moi personnellement cette fierté. Comme bien d’autres gars de mon âge, à l’adolescence, j’ai eu de bonnes prises de bec avec mon père. Dès que j’ai commencé à travailler un peu et à avoir un peu d’argent de poche, j’ai pris mes distances et je n’accordais plus beaucoup de valeur à ses conseils.


Il m’a fallu plusieurs années, et quelques enfants, pour réaliser à quel point mes parents et ce père que je trouvais si exigeant m’ont aimé. Papa n’avait pas les mots pour me l’exprimer. Personne ne lui avait appris. Mais il m’a donné tout ce qu’il possédait, avec les limites qu’il avait. Il m’a appris à travailler, à sortir de moi-même, à être sensible à la misère des autres, à ouvrir ma maison à quiconque frappait à la porte. Il m’a surtout montré à pardonner en m’accueillant après chacune de mes bêtises si patiemment. Des bêtises qui, sans cet amour inconditionnel, auraient pu me plonger dans une spirale de malheurs. Je sais de plus en plus que je ne méritais pas cet amour et pourtant je l’ai reçu gratuitement, comme la vie.


Le Christ nous a laissé une image de son père qui me rejoint beaucoup dans cette parabole du fils prodigue que l’Église nous propose en ce 4e dimanche du Carême. Dieu nous a tout donné, y compris la liberté de gaspiller ses dons et d’en user à mauvais escient. Son amour n’est pas altéré par nos refus. Au contraire, il nous cherche sans cesse avec un amour de père. Il sait bien que notre éloignement de lui ne peut que nous conduire à la souffrance et à la mort. C’est pourquoi il nous appelle sans cesse à revenir à lui et nous attend chaque fois les bras ouverts. Lc 15, 1-3.11-32